La Situation de facto du développement agricole dans le Gouvernorat de Jerusalem¹
Octobre 2005
Suite à l'action unilatérale israélienne de retirer les
colons juifs de la Bande de Gaza, le PARC contribue à
l'effort national pour résister aux nouveaux projets
israéliens d'annexion, de confiscation de la terre, de
construction de colonies et de construction du mur pour
encercler Jérusalem-Est occupé, et de transfert de 55 000
Palestiniens résidents de Municipalité de Jérusalem-Est en
Cisjordanie, contrairement aux résolutions internationales
qui considèrent Jérusalem-Est comme partie intégrale des
territoires palestiniens occupés.
Depuis son retrait unilatéral de Gaza,
Israël a accéléré la mise en œuvre de sa politique en créant
de nouveaux faits accomplis sur le terrain en Cisjordanie, y
compris à Jérusalem, en ne tenant aucun compte de toutes les
demandes de la communauté internationale de stopper cette
politique. Ces faits rendront impossible toute solution
pacifique entre Israéliens et Palestiniens.
Les conséquences de l'occupation sur
l'agriculture dans le gouvernorat de Jérusalem.
Le développement agricole et rural dans le Gouvernorat de
Jérusalem souffre du contexte politique et de la
discrimination systématique à l'encontre des citoyens
Palestiniens de Jérusalem annexée en 1967².Les terrains
confisqués des villages de Jérusalem vont être utilisés pour
construire de nouvelles colonies juives, en ne laissant
aucune place pour l'agriculture et la construction
palestinienne.
Par conséquent, les habitants palestiniens de Jérusalem des
villages environnants ont souffert et souffrent d'une
diminution drastique de terres cultivables et du nombre de
travailleurs agricoles (diminution de 70%), ce qui affecte
irrémédiablement la sécurité alimentaire de la population.
Le plupart des terres qui sont touchées par la politique
israélienne d'expropriation étaient plantées en oliviers et
arbres fruitiers.
Le rapport annuel 2003 de PCBS indique que, dans le
Gouvernorat de Jérusalem, 5.6% de la superficie est
cultivée, 0.6% est constitué de forêts et de zones boisées,
et 73.9% sont classés dans la catégorie "autres", ce qui
inclut les pâturages pour l'année 2003³.
Ce rapport montre également que la production agricole pour
l'année 2001-2002 s'élève en valeur à 15 359 USD dont 20.7%
en production végétale, et le reste en production animale.
Le Centre de Recherche de la Terre indique que dans le
Gouvernorat de Jérusalem, l'occupation du terrain comprend:
-
superficie occupée par la végétation naturelle : 55
076 dunums.
-
prairies naturelles : 53 659 dunums.
-
forêts de conifères : 7776 dunums.
-
oliveraies : 2615 dunums.
-
terres agricoles non irriguables : 2403 dunums.
Les diverses mesures israéliennes ont des effets directs et
indirects sur la surface agricole et sur la production et la
vente des produits agricoles. Beit Sourik, au nord-ouest de
Jérusalem, constitue un bon exemple : au fil des années, ce
village connaît une grave diminution de sa superficie
d'environ 12 000 dunums (bâtie et agricole). Actuellement,
il reste environ 3500 dunums de terres cultivables. Les
villages de Beit Hanina et de Ejdairah, qui sont connus pour
leurs plaines comprenant 20% de la terre cultivable du
Gouvernorat de Jérusalem, sont isolés par le Mur. Par
conséquent les agriculteurs n'ont aucun débouché pour leurs
produits agricoles et ne peuvent pas s'approvisionner en
intrants.
Etant donné le fait que la plupart des colonies juives sont
maintenant situées entre la Ligne Verte et le Mur, elles
s'étendent au dépend des territoires palestiniens. 55 000
Palestiniens résidents de la Municipalité de Jérusalem Est
ont été transférés en Cisjordanie par la construction du Mur
et la continuité palestinienne à Jérusalem est réduite à
néant par les colonies juives, la démolition de maisons et
la construction du Mur.
Avec la fin de la 5ème phase de construction du Mur, un
certain nombre de villages ou de banlieues comme Ar-Ram,
Dahiyet Al-Bareed, Az- Z'ayyem, et Hizma vont être enclavés
ou complètement isolés de leur environnement proche. De
plus, certains quartiers qui se trouvent dans les limites de
la Municipalité de Jérusalem vont être isolées de la Ville
comme le camp de réfugiés de Shu'fat, Ras Khamis et Dahiyet
As Salam
. Plus de 70 000 Palestiniens et 81 317 dunums vont être
piégés de l'autre côté du Mur.Le
Mur a des conséquences irréversibles sur l'agriculture. Il
confisque des dizaines de milliers de dunums qui étaient
cultivés auparavant et de terrains à vocation agricole.
De plus, dans certaines zones, les agriculteurs vont être
séparés de leurs terres agricoles par le Mur. Ils ne
pourront avoir accès à leurs terres sans permis officiels,
délivrés au bon vouloir des autorités d'occupation
israéliennes qui leur les refusent souvent. Sur le long
terme, ces terres seront confisquées par Israël car elles
seront considérées comme négligées et non-cultivées. Ainsi,
de plus en plus d'agriculteurs perdront leurs sources de
revenus et deviendront pauvres.Cela s'ajoute aux autres
problèmes dont souffre actuellement la population de
Jérusalem. D'une part le rejet des déchets des colonies
israéliennes et des eaux usées dans les villages et les
quartiers palestiniens conduit à la pollution de la nappe
phréatique et à la mort des cultures. D'autre part, les
zones palestiniennes sont caractérisées par une très forte
densité des constructions et un manque de permis de
construire ainsi qu'un manque constant d'infrastructures et
de services telles que les routes, adductions d'eau, et
réseau d'eaux usées, écoles, hôpitaux. Les besoins pour la
croissance, la survie et l'existence des Palestiniens dans
la Jérusalem annexée ont été complètement ignorés.
Historiquement les agriculteurs de Jérusalem et des villages
environnants dépendent de la vieille ville pour vendre leurs
produits et pour acheter les intrants et les équipements
nécessaires pour leur activité ainsi que pour les services
de base tels que la santé et l'éducation. Des agriculteurs
interrogés des villages du Gouvernorat de Jérusalem ont
indiqué qu'effectivement, ils ne se rendaient jamais à
Ramallah ou à Bethléem à ces fins. Ainsi, ils ont tous du
faire face au harcèlement systématiques et intenses de la
part des Israéliens et à des restrictions, spécialement pour
les femmes qui portaient leurs produits à Jérusalem, le
personnel de la Municipalité israélienne de Jérusalem avec
l'aide des forces de police ayant souvent agressé les
vendeurs de légumes et de fruits. Les produits agricoles
sont soit détruits devant les yeux des agriculteurs, soit
confisqués, et dans la plupart des cas, les producteurs
doivent payer de lourdes amendes.
Bien
que la Municipalité de Jérusalem ait affecté une zone proche
de la porte de Damas pour les vendeurs de légumes à la fin
des années 90, elle a rapidement démantelé la place du
marché afin de construire une route, dans le cadre de son
plan pour contrôler la totalité de la ville. C'est sans
mentionner les anciennes zones d'épicerie de détail dans la
vieille ville de Jérusalem dans lesquelles de nombreux
agriculteurs palestiniens vendaient leurs fruits et légumes.
L'une d'entre elles a été fermé, et l'autre a été
transformée en un marché aux souvenirs en raison des
restrictions israéliennes systématiques et du harcèlement.
L'immense marché de produits agricoles situés à Wad El oze
(près du Musée Rockfeller) à Jérusalem Est a été la cible de
la politique discriminatoire israélienne. Selon la loi de
1950 amendée par la Knesset le 28 juin 1967, les Israéliens
ont utilisé tous les moyens possibles pour étendre
illégalement sa juridiction sur Jérusalem-Est et pour
maintenir son contrôle exclusif. Israël a fait tout ce qui
était possible pour détruire l'agriculture palestinienne et
pour garder la bride serrée sur les centres d'échanges
principaux en empêchant le transfert des marchandises
agricoles palestiniennes des villages alentour et de
Cisjordanie vers le marché. Le personnel du Ministère
israélien de l'agriculture et du département des Douanes a
souvent fait des descentes dans le marché, ou arrêté des
camions chargés de marchandises et confisqué les récoltes
aux check-points ou aux barrages routiers. L'objectif était
de maintenir un puissant marché dans la dite Jérusalem
unifiée en détruisant le marché palestinien, qui était le
poumon des agriculteurs palestiniens et de la population de
Jérusalem-Est.
De plus, les épiceries palestiniennes et les supermarchés
dans Jérusalem-Est ne sont pas autorisés par la loi à vendre
des produits palestiniens, qu'ils soient végétaux ou
animaux. Vendre ces produits sans une licence ad hoc est
considéré comme illégal par les parties israéliennes
concernées. Des descentes des inspecteurs du Département des
douanes israéliennes ont lieu fréquemment dans les magasins
palestiniens pour s'assurer qu'aucun produit agricole
palestinien n'y est vendu.
D'un autre côté, la richesse de l'élevage palestinien dans
le Gouvernorat de Jérusalem fait face à une menace de
destruction totale en raison des mesures israéliennes. Les
pâturages utilisés par les Bédouins Palestiniens sont soient
confisqués, soit déclarés zone militaire fermée. Les
Bédouins arabes de Al-Jahhalin, par exemple, ont été
dépossédés de milliers de dunums de prairies sur les
communes de Abu Dis et 'Eizariyyeh en raison de la
construction du Mur. Un porte-parole de Al-Jahhalin a
rapporté au quotidien Al-Quds qu'au moins 100 familles
vivant dans les montagnes à l'Est de Jérusalem avaient reçu
une mise en demeure israélienne suite à l'approbation par la
Knesset du tracé du Mur entre Al-Jahhalin et Ma'ale Adumin.
Les bédouins arabes du village de 'Anata ont aussi été
victimes de démolitions et plus récemment des Bédouins qui
vivent prêts du quartier militaire israélien "Anatot" ont
reçu de nouvelles notifications de destructions de maisons.
En raison de la confiscation des pâturages, les coûts
d'élevage des animaux ont augmenté fortement et la
possibilité des éleveurs d'acheter du fourrage qui est
normalement très cher a diminué. Par conséquent, la
viabilité économique de l'élevage s'est détériorée sur un
laps de temps très court.
En conclusion, les israéliens poursuivent la mise en place
de très nombreuses mesures qui ont toujours eu comme
objectif de paralyser l'économie palestinienne, en
détruisant l'agriculture de subsistance palestinienne qui
est une source pour la sécurité alimentaire et en
transformant le marché palestinien à Jérusalem et partout en
Cisjordanie en une immense marché de consommation de
différents produits agricoles israéliens. Les pratiques
israéliennes ont pour effet de faire souffrir à la fois les
producteurs et les consommateurs palestiniens; les
consommateurs Jérusalemnites étant forcés d'acheter des
produits agricoles animaux et végétaux aux compagnies
israéliennes telles que Tnuva, produits très chers pour eux
en raison de leurs mauvaise situation économique.
Les
mesures israéliennes empêchent le travail des institutions
liées à l'agriculture
Sous
l'effet des contraintes israéliennes permanentes sur le
Peuple Palestinien, les efforts des ONGs et de l'Autorité
Palestinienne ont peu d'effet voire même aucun d'effet du
tout sur l'amélioration des conditions de vie des
populations ou sur l'allègement de leur détresse, ce qui
conduit à les exposer de plus en plus à la pauvreté et à la
vulnérabilité.
Le Mur,
les barrières, les check-points et les barrages routiers
empêchent les ONGs de se déplacer librement, en créant un
environnement discontinu pour la mise en œuvre de leurs
activités de manière sure et efficace. Les mesures et la
politique israéliennes font courir de graves risques au
personnel des ONGs et font obstruction à leur
fonctionnement.
Le
Bureau de l'Agriculture du Gouvernorat de Jérusalem et le
Ministère de l'Agriculture Palestinien ont indiqué qu'une
zone immense qui bénéficiait auparavant des activités et des
services de ce bureau est maintenant isolée. Par exemple,
les employés du Bureau ne peuvent plus se rendre à 'Anata,
As-Sawahreh Ash-Sharqiyyeh, Beit Sourik, Beit Hanina et
Ejdairah, etc. Selon les documents du Bureau de
l'Agriculture, 19 hameaux et des centaines de fermes ont été
abandonnés. 10 hameaux ne sont plus accessibles aux équipes
du Bureau.
La
division du PARC à Jérusalem a mis en exergue les
conséquences des barrages israéliens et du harcèlement
envers les agriculteurs palestiniens sur le travail de ses
équipes et de ses agents de terrain. L'accès aux villages
cibles est très compliqué même pour le personnel de terrain
qui a l'habitude d'utiliser des chemins de contournement qui
allongent les trajets et donc revient plus cher. Le niveau
des performances de l'équipe a été réduit en raison du fait
qu'ils doivent faire moins de visites de terrain et passer
moins de temps pour suivre les projets. Cela coïncide avec
le fait que les Institutions palestiniennes leur demandent
d'élargir leur secteur d'activités et de fournir plus de
services aux populations rurales de Jérusalem comme la
réduction de la pauvreté et les projets générateurs de
revenus.
La division du PARC à Jérusalem a signalé que ses équipes
avaient été soumises à des au harcèlements israéliens
pendant qu'ils étaient en activité. Par exemple, un des
techniciens du PARC a été arrêté par les soldats israéliens
au cours d'une manifestation contre la construction du Mur,
organisée par les habitants des villages du Nord-Ouest de
Jérusalem.
Le
PARC contribue à la survie de l'agriculture dans le
Gouvernorat de Jérusalem.
Le PARC continue à apporter ses services dans les villages
et les communautés des Bédouins du Gouvernorat de Jérusalem
grâce aux associations de femmes, d'agriculteurs et de
jeunes que le PARC a contribué à constituer. Nous avons mis
en œuvre de nombreux projets tels que la réclamation des
terres et le développement. Des procédures pour réclamer des
centaines de dunums ont été mises en œuvre. La distribution
et la plantation de centaines d'oliviers dans la cour des
écoles et des institutions situées dans la zone de la
Municipalité de Jérusalem ont été organisées. De plus le
PARC a mis en œuvre son programme "travail contre
nourriture" à travers lequel des activités de construction,
de réhabilitation et de transformation de produits ont été
développées. Le PARC a aussi mis en place des activités de
protection de l'environnement et à cette fin a créé un
certain nombre de comité de bénévoles.
D'un
autre côté, le PARC a joint ses efforts à ceux d'autres
institutions palestiniennes résistant à la politique
israélienne. Nous sommes membres d'une Coalition pour
Jérusalem, qui a mis en place une campagne pour dénoncer les
conséquences désastreuses du plan 2000 de la Municipalité de
Jérusalem-Est. Actuellement cette Coalition prépare un
projet alternatif qui serait compatible avec la légalité
internationale et les intérêts des Palestiniens.
Le PARC
réclame le soutien et des actions en faveur des communautés
rurales de Jérusalem pour toutes les parties concernées au
niveau national, régional et international. Nous demandons à
l'Autorité Palestinienne de modifier l'allocation de ses
budgets de façon à venir en aide aux citoyens Palestiniens
de Jérusalem afin qu'ils puissent survivre dans leur ville.
D'autres projets qui ciblent le développement agricole sont
nécessaires pour aller à l'encontre de la menace permanente
des colonies, de la confiscation des terres et du Mur.