Les fondements palestiniens
de la campagne contre le Mur
Pour un soutien effectif à Palestine
L’avenir de la Palestine et du peuple palestinien est à un carrefour déterminant. Deux alternatives se présentent : soit la lutte des palestiniens et de la communauté internationale peut aboutir à une application de la justice, soit le plan israélien pour enfermer le peuple palestinien dans des bantoustans par le biais du Mur va devenir une réalité pérenne.
Après plus de trois ans d’une nouvelle et complète occupation par l’armée israélienne de la Cisjordanie, la situation socio-économique dans les Territoires Palestiniens Occupés s’est beaucoup détériorée et la population a été affectée dans sa vie et dans ses moyens de subsistance par les attaques israéliennes continues. Ainsi nous sommes reconnaissants de l’intérêt de la communauté internationale dans le soutien apporté à la population palestinienne et à ses efforts pour accéder à ses droits et pour construire un état indépendant dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale. Cependant, l’engagement des gouvernements internationaux et des bailleurs de fonds porte le risque d’un soutien direct ou indirect à l’occupation et à la colonisation israélienne s’il n’est pas dirigé dans la bonne direction.
Ce document propose d’expliciter la situation et les besoins des palestiniens pour éviter des placements et des soutiens inopportuns et même contreproductifs.
Depuis que la Cours Internationale de Justice (CIJ) a publié sa décision, le 9 juillet 2004, concernant « Les conséquences juridiques de la construction du mur dans les Territoires Palestiniens Occupés », le mur a été jugé illégal, et une recommandation a été émise pour que celui-ci soit détruit et que par la suite les populations affectées obtiennent des compensations. A la suite de la consécration de l’avis consultatif de la CIJ par la résolution des Nations Unies (A/ES-10/L.18/Rev.1), les gouvernements internationaux et les bailleurs de fonds sont contraints à « ne pas reconnaître la situation illégale créée par la construction du mur et à ne pas apporter une quelconque aide ou assistance pour le maintien de la situation ainsi créée. »
Ce n’est que de cette manière qu’ils peuvent effectivement contribuer aux efforts des palestiniens pour obtenir la reconnaissance internationale de leurs droits et accéder au développement pour un futur Etat palestinien.
Cependant, de nombreux projets d’aide humanitaire ou de développement qui sont actuellement proposé par Israël et la communauté internationale s’écartent de la voie légale et mènent à une complicité directe ou indirecte avec l’occupation et la construction du Mur . Cela signifie la fin d’un quelconque espoir pour un Etat palestinien. Il est déterminant que les fonds internationaux ne tombent pas dans cet écueil mais adhèrent aux requêtes de l’avis de la CIJ et des résolutions des Nations Unies, qui poursuivent les mêmes idéaux de justice, d’égalité et de liberté.
Ainsi nous vous demandons de ne pas financer :
les portes, les terminaux high-tech ou autres points de passage qui font partie du Mur .
La Cour Internationale de Justice a déclaré illégal le mur et le régime qui y est associé, et les points de passage font partie intégrante de cette construction – peu importe où ils peuvent être placés. De nombreux dispositifs rendent le mur supportable et ne sont pas d’un grand secours pour la population palestinienne. Au contraire, ils perpétuent un système de check-points et de permis de circuler qui sont une grave violation du droit international et de la liberté de mouvement des palestiniens.
les routes nouvelles et alternatives ainsi que les systèmes de jonctions, qu’ils soient pour les colons israéliens ou « pour » la circulation des palestiniens.
Les routes proposes par Israël sont toute en relation direct avec le Mur ou les besoins des colonies israéliennes ou de l’occupation. Ces routes qui collaborent aux mouvements des colons sont aussi illégales que les colonies elles-mêmes. Les routes et tunnels qui sont reconnectés aux zones palestiniennes prennent part projet de Mur et donc aident à maintenir son existence.
les systèmes de transports alternatifs.
Les propositions de réseau de train reliant les zones résidentielles palestiniennes de Cisjordanie et Gaza sont planifiées en fonction des circonstances illégales actuelles et, aux vues des politiques israéliennes globales, sont un autre dispositif avec lequel Israël va renforcer son contrôle sur la circulation des palestiniens en permettant le passage entre les zones résidentielles sans donner accès aux terres environnantes.
les zones industrielles avec des investissements israéliens/étrangers et/ou sur des terres confisquées
Les zones industrielles en projet font partie intégrante du régime d’apartheid du Mur. Leur situation sur des terres confisquées vise à rendre irréversible la saisie des terres par les israéliens. En outre, elles contribuent sur le long terme à pérenniser la situation de centaines de milliers d’agriculteurs palestiniens qui ont besoin de trouver un emploi. Les entreprises appuyées par de larges investissements internationaux et israéliens ne vont pas permettre un réel développement de l’économie palestinienne mais fournit plutôt une force de travail bon marché pour les économies étrangères. Elles achèvent la destruction des structures socio-économiques palestiniennes fondées sur les atouts de l’agriculture.
Pour un soutien effectif à la Palestine
La Palestine a extrêmement besoin du soutien international. Cependant ce soutien doit être fondé sur les véritables nécessités de la société palestinienne et fermement ancrée sur le droit international.
Ainsi nous demandons à la communauté internationale et aux bailleurs de fond de concentrer leurs efforts sur des projets du type :
Développement de l’agriculture durable
Ceci contribue à remédier à l’érosion du système foncier communautaire, les formes de marché local, le modèle durable de production agricole et les structures sociales ayant été détruites par le Mur et d’autres formes de confiscation de terres. Ces modèles ont été au cœur de la richesse palestinienne et de la culture pendant plusieurs millénaires. Les projets de développement de l’agriculture durable permettent un développement à long terme, une souveraineté économique et alimentaire et sont particulièrement nécessaires pour les terres et les villages isolés par le mur dans la vallée du Jourdain et à travers toute la Cisjordanie.
Développement urbain pour les zones menacées
Le soutien pour les communautés palestiniennes les plus menacées par la construction du mur et les mesures israéliennes qui y sont liées, et qui sont soumis à une forte pression pour émigrer, est vital. Les projets de développement urbain pour les populations de Jérusalem-Est, Qalqiliya et Hebron sont particulièrement nécessaires. Cependant il est important de distinguer les projets regrettables qui se contentent d’ajuster simplement les infrastructures urbaines à la réalité créée par le Mur , et les projets de développement urbain qui soutiennent la population palestinienne dans sa détermination à résister dans leur maison et leur communauté jusqu’à ce que le mur soit démantelé.
Nous appelons la communauté internationale et les bailleurs de fonds à rejeter tout projet de financement qui est fondamentalement illégal dans cette approche et qui contribue à la durabilité socio-économique du Mur et du régime qui lui est associé, et qui n’aboutit à aucun véritable développement pour l’économie et la société palestinienne.
Nous demandons de ne pas faire passer les soutiens financiers pour la Palestine par Israël. En particulier la récente proposition de « Fond Social » pour les familles touchées de Gaza ce qui entraîne d’importantes inquiétudes. Nous demandons aux gouvernements européens de refuser cette initiative qui vise apparemment à financer une part des projets susmentionnés et, en outre, nie le principe d’autodétermination pour le peuple palestinien.
Il est primordial que Israël demeure responsable pour les préjudices occasionnées en Palestine et auprès du peuple palestinien, et soit obligé de donner des compensations à la population palestinienne pour les dommages et pertes provoqués par la construction du Mur , la destruction d’infrastructures, les bouclages, sièges, arrestations et expulsions.
Le rôle de la communauté internationale et des bailleurs de fonds ne peut être de soutenir les crimes d’Israël ou de payer pour le désastre économique, social et humanitaire créé par l’occupation, mais de rétablir la légalité internationale et d’investir dans la lutte des palestiniens pour la liberté et la justice.