| |
C’est en juin 2002 que le projet de construction d’une « barrière de
sécurité » est mis en œuvre par Israël.
Aujourd’hui 209km de mur ont été construits et 105km sont en cours de
construction. L’objectif étant de construire un mur de 670km de long
(selon le nouveau tracé). Plusieurs phases sont suivies pour la
construction de ce mur qui suit une logique nord-sud. La première phase
au nord de la Cisjordanie a été complétée. La seconde phase comprendra
le centre et le sud et a déjà été approuvé par la Knesset. La dernière
phase dans la vallée du Jourdain est encore en projet. L’ouvrage mesure
entre 3 et 8 mètres de haut (par comparaison, le mur de Berlin
mesurait entre 1 et 3,5 mètres).

Les autorités israéliennes ont construit 63 portes pour permettre le
passage des Palestiniens, dont 25 sont soumises à la présentation
d’autorisations délivrées par les autorités israéliennes alors que les
autres font l’objet d’un contrôle d’identité stricte et de fouilles. La
liberté de mouvement des Palestiniens est donc compromise puisqu’ils
sont soumis aux horaires d’ouverture de ces portes et aux aléas des
décisions sécuritaires d’Israël. Il est important de noter que bon
nombre d’agriculteurs sont obligés de passer ces portes pour rejoindre
leurs terres, de la même manière des enfants franchissent
quotidiennement le mur pour aller à l’école.
Le coût du mur est
estimé à 3,4 milliards de dollars par le comité économique de la
Knesset, ce qui en fait le plus gros chantier jamais entrepris par
Israël.
Ce sont près de
49 400 Palestiniens qui se trouvent enfermés dans 39 villes et villages
entre le mur et la Ligne Verte (frontière de 1967 internationalement
reconnue par les Nations Unies) dans le nord de la Cisjordanie. Il a été
demandé à certains habitants de cette zone de se munir d’autorisation
pour continuer à vivre dans leur maison située dans cette zone fermée,
autorisation qui leur donne accès à une seule porte.
Ce mur ne reprend que pour 20% le tracé de la Ligne Verte de 1967. Une
fois achevée la construction de la partie occidentale du mur, ce sont
plus de 11% des terres de la Cisjordanie qui vont se trouver de fait
annexés, car situés entre le mur et la ligne Verte. La construction d’un
mur à l’est, dans la vallée du Jourdain est également envisagée ce qui
représenterait une annexion de 60% de la Cisjordanie.


Le
8 décembre 2003, l’Assemblé Générale des Nations Unies
demandait à la Cour Internationale de Justice de rendre un
avis consultatif concernant les conséquences juridiques de
la construction par Israël du mur dans les territoires
palestiniens occupés. L’avis consultatif de la Cour du 9
juillet 2004 a déclaré cette construction illégale au
paragraphe 163 en déclarant : « L'édification du mur
qu'Israël, puissance occupante, est en train de construire
dans le territoire palestinien occupé, y compris à
l'intérieur et sur le pourtour de Jérusalem‑Est, et le
régime qui lui est associé, sont contraires
au droit international ».
La Cour demande l’arrêt des opérations de construction, la
démolition des parties déjà construites, l’abrogation du
régime juridique qui y est associé, et la réparation des
dommages causés par cette construction. En outre, la Cour
demande aux pays tiers de ne pas reconnaître la situation
illicite qui découle de cette construction et de ne rien
faire pour pérenniser cet état de fait. L’Assemblée générale
a demandé l’application du droit international par Israël et
donc l’application de l’avis consultatif de la Cour (avis
qui n’a pas de force obligatoire mais donne un éclairage
juridique à l’Assemblée générale).
Malgré cela, Israël poursuit la construction du mur, et les
nouveaux plans montrent même une augmentation des parties
annexées (notamment autour des colonies de Guch Etzion). Une
fois de plus Israël refuse d’appliquer les décisions des
Nations Unies en prétextant que sa « sécurité » passe avant
le droit international. Ainsi, les différentes violations
des droits de l’homme qui accompagnent la construction de ce
mur, et qui ont été observée par le bureau des Nations Unies
pour la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA) dans
son rapport de mars 2005 (disponible sur le site
http://www.humanitarianinfo.org/opt/), continuent et
s’accentuent dans une totale impunité sous prétexte de la
sécurité des Israéliens.
-
Barrière, mur, séparation, sécurité, apartheid,
annexion, le poids des mots
Le
débat autour des termes pour désigner le mur est lourd de
sens, la dénomination de cette construction implique en
effet des acceptions juridiques, politiques, idéologiques
différentes. Dans son avis consultatif du 9 juillet 2004, la
Cour Internationale de Justice a utilisé le mot mur, à
l'instar de l'Assemblée Générale des Nations Unies, pour
désigner cet ouvrage qui peut être en béton, ou constitué de
clôtures de fer souvent équipées de détecteurs
électroniques. Le mot mur est utilisé pour signifier
l’obstacle qu’il constitue pour la liberté de mouvement des
biens et des personnes.
En ce
qui concerne le qualificatif de séparation, il ne décrit pas
la réalité. En effet, ce mur ne sépare pas les Israéliens
des Palestiniens, mais dans beaucoup de cas il pose une
frontière entre des Palestiniens d’une même région, voire
d’un même village. Ainsi 43 900 résidants des villages de
Beit Sira et At-Tira (au nord de Jérusalem) se trouvent dans
une enclave, séparée du reste du peuple de Palestine. En
outre, lorsqu’il sépare les Palestiniens des colons
israéliens, implantés illégalement en Cisjordanie,
l’utilisation du terme séparation vise à légaliser cette
présence des colons ainsi rendue pérenne par la présence
d’un mur.
La
principale justification par les Israéliens de la
construction de ce mur se situe dans un argument
sécuritaire. Outre le fait que ce mur provoque la haine et
donc qu’il encourage la lutte violente contre l’occupant ;
sa conception même pose des questions quant à son caractère
sécuritaire. De tous temps des fortifications ont été
construites pour protéger des villes ; la logique
stratégique a toujours consisté à les placer en hauteur afin
de mieux contrôler l’assaillant. Ainsi il est étrange de
voir que ce mur évite soigneusement les lignes de crête pour
s’installer dans les vallées fertiles ! La Cour
Internationale s’est également interrogée sur ce caractère
sécuritaire et a déclaré qu’ « Au vu du dossier, la Cour
n’est pas convaincue que la construction du mur selon le
tracé retenu était le seul moyen de protéger les intérêts
d’Israël contre le péril dont il s’est prévalu pour
justifier cette construction. Reste qu’Israël doit faire
face à des actes de violence indiscriminés, nombreux et
meurtriers, visant sa population civile. Il a le droit, et
même le devoir, d’y répondre en vue de protéger la vie de
ses citoyens. Les mesures prises n’en doivent pas moins
demeurer conformes au droit international applicable. Au
total, la Cour estime qu’Israël ne saurait se prévaloir du
droit de légitime défense ou de l’état de nécessité, comme
excluant l’illicéité de la construction du mur. »
Le
terme d’apartheid est fréquemment utilisé par les opposants
au mur (voir par exemple l’argumentation sur le site
www.stopthewall.org). Ce terme décrit en effet une
certaine réalité du mur : la volonté de séparer deux peuples
sur un critère raciste. La Convention internationale contre
l’Apartheid des Nations Unies de 1976 caractérise
l’apartheid par des déplacements forcés de population, un
contrôle de la terre, une exploitation économique et une
humiliation. Le transfert des populations vivant entre la
Ligne Verte et le mur, l’annexion de terres opérée par la
construction du mur, la destruction de l’économie
palestinienne par les bouclages répétitifs, les humiliations
quotidiennes aux check-points justifient donc l’emploi de ce
terme. Pour autant, il ne nous semble pas totalement
approprié. En effet, il semblerait sous-entendre que la
solution au conflit soit comparable à celle mise en place en
Afrique du Sud : un même état pour tous sur une base
d’égalité des peuples. Or la solution plébiscitée par les
Palestiniens est celle de deux états indépendants, ce droit
à l’autodétermination ayant été reconnu par les Nations
Unies (résolution 242 et 338 du conseil de sécurité).

Reste le terme annexion qui semble être le plus pertinent à
décrire la situation. En effet, le mur, ainsi que les
infrastructures qui y sont liées : zone de sécurité qui
l’entoure, route mises en place pour faciliter le
déplacement des colons… contribuent à l’annexion de terres
palestiniennes. Comme l’a affirmé la Cour Internationale de
Justice, Israël a le droit de vouloir s’enfermer dans un mur
mais il doit le construire sur ses propres terres et non sur
celles des Palestiniens. Le tracé du mur révèle la volonté
d’annexion à laquelle il correspond ; en effet il tend à
annexer les terres adjacentes aux colonies puisqu’il inclut
dans la zone israélienne des terres vides propices au futur
développement des colonies.
Le
mur doit par exemple former une barrière autour des colonies
de Ma’ale Adumim, d’Ari’el/Emmanuel qui correspondent à
108km de mur (soit 16% de la totalité du projet) tout en
laissant un large espace pour la construction de nouveaux
logements (3 500 pour Ma’ale Adumim). Ainsi la CIJ
reconnaissait ce caractère annexionniste du mur en relevant
au paragraphe 119 de son avis que « le tracé du mur tel
qu’il a été fixé par le Gouvernement israélien incorpore
dans la «zone fermée» (voir paragraphe 85 ci‑dessus) environ
80 % des colons installés dans le territoire palestinien
occupé. Par ailleurs, l’examen de la carte […] montre que
ce tracé sinueux a été fixé de manière à inclure dans la
zone la plus grande partie des colonies de peuplement
installées par Israël dans le territoire palestinien occupé
(y compris Jérusalem‑Est). » La Cour rappelle qu’il est
interdit à la partie occupante d’opérer un transfert de
population sur les territoires occupés, en vertu de
l’article 49 de la quatrième Convention de Genève.

Le mur a provoqué le morcellement du territoire palestinien en de petits
territoires isolés. Ce phénomène de bantoustans correspond à une
doctrine israélienne déjà ancienne. Dès 1967, le plan Alon prévoyait la
création d’entités palestiniennes ainsi séparées, le mur ne vient que
concrétiser cette vision. Déjà les accords d’Oslo en légitimant la
création de zones A, B, C mettait fin à la perspective d’un état viable,
en favorisant l’expansion des colonies et des routes de contournement.
En effet, les accords d’Oslo n’établissaient l’autorité palestinienne
que sur 3% du territoire, 27% dépendaient d’une gestion conjointe et le
reste (70%) était placé sous autorité unique des Israéliens. Le mur, en
pérennisant la création de zones hermétiquement séparées (puisque le mur
et les colonies forment un obstacle à la circulation des biens et des
personnes), met fin à l’espoir de création d’un état palestinien
viable.Comment penser une administration palestinienne des territoires
dans ces conditions ? Comment accepter ce morcellement des terres au
seul profit des colons et en contradiction évidente avec la légalité
internationale ?
Si le tracé du mur correspond en grande partie aux
implantations illégales de colonies en Cisjordanie, il est également
frappant de voir sa correspondance avec la carte des ressources en eau.
L’eau est un enjeu majeur dans la région, où de nombreux conflits trouvent
leurs racines dans la conquête des ressources hydrauliques (pour la maîtrise
des eaux du Golan, du Yarmouk…).
Tableau de la répartition de l’eau
|
En millions de m3 |
Potentiel |
Prélèvements
totaux |
Israël et colonies |
Palestiniens |
|
Nappe de Cisjordanie |
-
Aquifère occidentale
|
350 |
350 |
330 |
20 |
-
Aquifère nord oriental
|
130 |
130 |
110 |
20 |
-
Aquifère oriental
|
200 |
110 |
30 |
80 |
|
Total |
740 |
710 |
530 |
180 |
|
% |
|
100 |
75% |
25% |
Le mur vient aggraver la situation de captation des eaux par
Israël. Comme le montre le tableau précédent, Israël
participe pour 75% aux prélèvements d’eau alors qu’une
grande partie des ressources se trouvent dans la nappe de
Cisjordanie. De la même manière, elle exploite les eaux du
Jourdain par le Conduit National Israélien, qui pompe l’eau
du Lac de Tibériade pour alimenter l’agriculture d’Israël,
notamment dans le désert du Néguev.

Le mur correspond à une prise de contrôle de
la nappe souterraine du nord de la Cisjordanie, ce qui
constitue une menace pour l’agriculture de ces régions (les
plus fertiles). La construction du mur a entraîné la
confiscation de 36 puits d’eau souterraine soit une perte de
6,7millions de mètres cube par an. Des kilomètres de système
d’irrigation au goutte-à-goutte se retrouvent à présent dans
la zone comprise entre le mur et la Ligne Verte. Les
premières conséquences de cette confiscation sont visibles
dans le domaine agricole où on assiste à un assèchement des
serres et des terres. En outre, l’arrachage massif d’arbres
pour les besoins du mur accélère le processus de
désertification en rendant les terres stériles. La carte du
tracé du mur révèle les velléités d’Israël sur l’eau
palestinienne.
47% de la population palestinienne vit aujourd’hui en
dessous du seuil de pauvreté c’est-à-dire avec moins de 2$
par jour dont 16 % en dessous du seuil de subsistance (1$
par jour). Cette situation est le résultat du bouclage des
territoires pendant la seconde Intifada et de la
construction du mur depuis 2002. En effet, auparavant de
nombreux Palestiniens travaillaient en Israël (22% de la
population active palestinienne).

Aujourd’hui avec le mur, seuls 9% des
travailleurs palestiniens ont un emploi en Israël, les
autres ayant été découragés par les heures d’attente aux
check-points, l’obligation de se munir d’autorisations ou
tout simplement le bouclage de leur village. Ils ont essayé
de se reconvertir dans des emplois agricoles ou dans les
services. Mais ces secteurs sont également en crise, en
effet ce ne sont pas uniquement les personnes qui sont
privées de la liberté de mouvement mais aussi les biens.
Ainsi les productions agricoles ne trouvent plus de
débouchés sur le marché israélien, alors qu’au contraire les
produits subventionnés israéliens inondent le marché
palestinien.

En outre, l’agriculture palestinienne a
largement souffert de la construction du mur, non seulement
par la confiscation des ressources en eau, mais aussi par la
spoliation de terres fertiles qui sont passées dans la zone
entre la Ligne Verte et le mur, ou qui ont accueilli le mur.
Lors de la première phase de construction ce sont près de
161 700 dunums soit 16 170 ha qui sont ainsi confisqués
(soit 2,9% de la Cisjordanie). Dans la section nord du mur,
ce sont plus de 83 000 arbres qui ont été déracinés (pour la
plupart des oliviers, arbres dont la maturation est très
longue). En outre les terres situées dans la zone entre la
Ligne Verte et le mur subissent une dégradation progressive,
car les agriculteurs ne sont pas à même d’aller travailler
ces champs puisqu’il leur est difficile d’obtenir les
autorisations pour se rendre dans cette zone. Les pertes de
revenu agricole sont donc très importantes, et sont d’autant
plus préoccupantes que la Palestine est un pays
majoritairement rural.

La municipalité de Qalqiliya comprend 32 villages habités
par approximativement 72 000 Palestiniens et 19 colonies
israéliennes illégales comptant une population coloniale
israélienne estimée à 50 700 (au 1er Janvier 2000). La ville
de Qalqiliya compte approximativement 40 000 à 45 000
résidents palestiniens vivant sur environ 350 ha de terres
constructibles. Il n'y a que 70ha supplémentaires de terres
destinées au développement urbain, dans le plan d'occupation
des sols de la ville. Qalqiliya possède 620ha
supplémentaires de terres agricoles qui entourent la ville.
Qalqiliya est située à la pointe de la nappe phréatique
Ouest, l’une des trois seules nappes phréatiques en
Cisjordanie occupée. Cette nappe phréatique, qui s’étend le
long de la Ligne Verte, génère un rendement moyen de 362
millions de mètres cubes d’eau par an, et produit environ la
moitié des ressources d’eau de la Cisjordanie. Le Mur de
Qalqiliya, est construit de telle façon qu’il donne à Israël
un contrôle presque total sur les zones les plus productives
de la nappe phréatique. Avant la seconde Intifada, 22% de
l’économie de Qalqiliya était basée sur les produits
agricoles. Aujourd’hui, ce chiffre est de 45%, avec 2000
travailleurs agricoles soutenant près de 15.000 résidents de
la ville occupée (37.5% de la population totale de Qalqiliya).
Comme on le voit sur la carte, la région de Qalqiliya subit
de plein fouet les effets du mur. Le tracé du mur correspond
bien dans cette région à une volonté de pérenniser les
colonies en les plaçant du côté israélien du mur, ce qui
correspond à une annexion de fait de ces terres. Environ
620ha de terres agricoles entourent Qalqiliya et parmi
celles-ci, environ 216,8 ha (ou 35%) ont été confisquées.
350 autres hectares de terres agricoles ont été “isolés” du
côté israélien du mur avec un accès à leurs terres soumis à
des autorisations. La plupart des terres confisquées (74%)
sont des terres irriguées, dans cette région qui fut pendant
longtemps le « grenier » de la Cisjordanie. Environ 15 des
39 puits de la ville sont été confisqués, représentant plus
d’un tiers des ressources en eau de la ville.

La conséquence du mur est également
l’enclavement de la ville de Qalqiliya. Plus de 600 sur les
1800 commerces de Qalqiliya ont fermés en raison du siège
économique et du manque de revenus agricoles. Avec un taux
de chômage approchant les 65%, les habitants ont été
incapables de payer les taxes municipales et les factures.
Ainsi, la municipalité de Qalqiliya doit environ 3.5
millions de shekels à la Compagnie Israélienne
d’électricité, qui a menacé à plusieurs reprises de couper
l’électricité de la ville. Etant donné que 45% de l’économie
de la ville repose sur l’agriculture, la confiscation des
terres et de l’eau entraînera la migration des habitants de
Qalqiliya à l’Est, rendant enfin l’annexion de Qalqiliya par
Israël démographiquement “acceptable”. Déjà, selon la
municipalité de Qalqiliya, 4 000 habitants ont quitté la
ville. 2.000 responsables de foyers supplémentaires ont
quitté Qalqiliya afin d’assurer un travail et soutenir leurs
familles qui sont restées derrière eux à Qalqiliya.

Le 31 août 2004, l’association Civil Rights israélienne a
soumis une pétition à la Haute Court de Justice d’Israël lui
demandant le démantèlement de cette portion du mur qui prive
les habitants de cinq villages palestiniens de l’accès aux
services d’éducation et de santé.

Le mur, en ce qu’il constitue un obstacle à la liberté
de mouvement des personnes, constitue une grave atteinte au droit
fondamental de chacun à être soigné. Un récent rapport de Médecins Du Monde
(disponible sur le site
www.medecinsdumonde.org) rend compte de
l’aggravation de la situation sanitaire dans les territoires palestiniens
occupés. L’accès aux hôpitaux est par exemple rendu très difficile par les
délais d’attente, les bouclages inopinés, les check-points et autres
autorisations préalables nécessaires. Le village d’Abu Dis, frontalier de
Jérusalem, se retrouve ainsi sans accès direct à l’hôpital car là où il
fallait autrefois 5 à 10 minutes pour rejoindre les hôpitaux Augusta
Victoria et Al-Maqassad, cela demande aujourd’hui plus d’une heure trente
avec les ambulances du Croissant Rrouge. Le rapport rappelle que dans les
cas d’extrême urgence, c’est la première heure qui est vitale. L’accès aux
spécialistes médicaux, principalement installés à Jérusalem est devenu quasi
impossible, puisqu’il requiert l’obtention d’une autorisation préalable. Les
centres de santé primaires se retrouvent donc face à un afflux massif de
personnes ne pouvant se déplacer vers les hôpitaux des centres urbains. Mais
leurs infrastructures ne peuvent faire face à un tel flot. Un gynécologue
exerçant dans un village près de Bethlehem témoigne ainsi : “ S’ils
enferment tous ces villages avec le Mur, la situation des patients deviendra
beaucoup plus difficile. Il sera impossible de sortir un patient de cette
zone pour le transporter à l’hôpital. Ici, nous ne pouvons offrir que des
soins primaires. Pendant les précédents bouclages, nous avons souvent
utilisé une salle de la clinique pour pratiquer les accouchements. Mais cela
ne marche que si les accouchements se passent bien. Que faire si la patiente
a une hémorragie ou s’il faut faire une césarienne ? Nous n’avons ni
spécialiste ni équipements ici. Nous n’avons ni moniteurs ni rayons x. Il
n’y a pas le matériel suffisant pour prendre en charge des patients
gravement malades. Le Mur va aggraver la complication des maladies. Que
vais-je pouvoir faire si je diagnostique une maladie et que je ne suis pas
en mesure d’administrer des médicaments ou de transporter mon patient vers
un hôpital ? ”. En outre, l’accès des personnels aux centres hospitaliers
est rendu difficile par les check-points et de nombreux témoignages font
état de harcèlements de ces personnels de la part des soldats.

La situation
sanitaire jusque là bonne en Palestine subit une importante dégradation. Le
taux de vaccination est en baisse, car il est difficile d’approvisionner
les territoires en vaccins du fait des contrôles et des risques de rupture
de la chaîne du froid comme l’affirme ce médecin de Bethlehem :
« Dernièrement, nous avons dû re-vacciner tous les enfants contre la
rougeole. L’an passé, une campagne de vaccination avait déjà été organisée
par le Ministère de la Santé. Mais les caisses avaient été ouvertes de
nombreuses fois par les soldats aux check-points. Les vaccins contre la
rougeole sont très sensibles à la chaleur et au soleil. Aussi avons-nous dû
réadministrer tous les vaccins en juin et en juillet derniers. Le Mur aura
certainement un impact direct sur la vaccination car la barrière pour le
traverser ne sera ouverte qu’à certaines heures. » Les conséquences de
la pauvreté croissante, elle-même causée par le chômage, sont nombreuses :
malnutrition, malformation des nourrisson, difficulté à payer les soins et
les traitements pour les maladies chroniques. En outre, la confiscation de
l’eau notamment par l’absence d’accès aux puits, entraîne l’utilisation
d’une eau de moindre qualité, vecteur de maladies (augmentation du risque
d’hépatite A et des cas de dysenterie).
Le rapport de
Médecins du Monde révèle également les nombreuses conséquences
psychologiques du mur. Outre l’augmentation de l’anxiété et des troubles qui
lui sont associés (maux de tête, dépression, insomnie…), le mur provoque une
perte de repères chez les jeunes et les enfants qui n’ont plus foi en
l’avenir et développent des comportements agressifs. Les familles sont
soumises à des tensions croissantes au sein de leur structure
traditionnelle. Les cas de rupture de liens familiaux liés au tracé du mur
sont nombreux et provoquent souvent des troubles comportementaux importants.

Depuis le début
de sa construction, le mur a occasionné une vaste campagne de mobilisation
aussi bien localement qu’internationalement. Campagnes d’information,
mission de surveillance des violations des droits de l’homme… De nombreuses
manifestations sont organisées pour ralentir la construction du mur. Mais
malgré des démarches pacifistes des villageois victimes d’expropriation,
soutenus par des pacifistes israéliens et des activistes internationaux, ces
manifestations font souvent les frais de la répression israélienne (gaz
lacrymogènes, tir à balles de caoutchouc ou à balles réelles…) comme sur
cette photo à Falamyia.

Au-delà des
manifestations, des actions de reporting sont menées afin de rendre compte
de l’impact du mur sur différents aspects de la vie des Palestiniens
(économiques, sociaux, juridiques…). Elles sont menées à la fois par des ONG
palestiniennes, israéliennes et européennes et par des institutions
internationales.
En ce qui
concerne les programmes de développement menés en Palestine, les acteurs de
la lutte contre le mur ont édité un manifeste qui vise à ce que ces actions
de développement ne conduisent pas à la pérennisation du mur. Ainsi ils
demandent aux bailleurs de ne pas financer :
-
les
portes, les terminaux
high-tech
ou autres points de passage qui font partie du mur.
La Cour
Internationale de Justice a déclaré illégal le mur et le régime qui
y est associé, et les points de passage font partie intégrante de
cette construction – peu importe où ils peuvent être placés. De
nombreux dispositifs rendent le mur supportable et ne sont pas d’un
grand secours pour la population palestinienne. Au contraire, ils
perpétuent un système de check-points et de permis de circuler qui
sont une grave violation du droit international et de la liberté de
mouvement des Palestiniens.
-
les
routes nouvelles et alternatives ainsi que les systèmes de
jonctions, qu’ils soient pour les colons israéliens ou « pour » la
circulation des palestiniens. Les routes proposes par Israël sont
toute en relation direct avec le Mur ou les besoins des colonies
israéliennes ou de l’occupation. Ces routes qui collaborent aux
mouvements des colons sont aussi illégales que les colonies
elles-mêmes. Les routes et tunnels qui sont reconnectés aux zones
palestiniennes prennent part projet de Mur et donc aident à
maintenir son existence.
-
les
systèmes de transports alternatifs.
Les
propositions de réseau de train reliant les zones résidentielles
palestiniennes de Cisjordanie et Gaza sont planifiées en fonction
des circonstances illégales actuelles et, aux vues des politiques
israéliennes globales, sont un autre dispositif avec lequel Israël
va renforcer son contrôle sur la circulation des palestiniens en
permettant le passage entre les zones résidentielles sans donner
accès aux terres environnantes.
-
les
zones industrielles avec des investissements israéliens/étrangers
et/ou sur des terres confisquées.
Les
zones industrielles en projet font partie intégrante du régime
d’apartheid du Mur. Leur situation sur des terres confisquées vise à
rendre irréversible la saisie des terres par les israéliens. En
outre, elles contribuent sur le long terme à pérenniser la situation
de centaines de milliers d’agriculteurs palestiniens qui ont besoin
de trouver un emploi. Les entreprises appuyées par de larges
investissements internationaux et israéliens ne vont pas permettre
un réel développement de l’économie palestinienne mais fournit
plutôt une force de travail bon marché pour les économies
étrangères. Elles achèvent la destruction des structures
socio-économiques palestiniennes fondées sur les atouts de
l’agriculture.
Au
contraire ils demandent un soutien pour des projets de type:
Ceci
contribue à remédier à l’érosion du système foncier communautaire,
les formes de marché local, le modèle durable de production agricole
et les structures sociales ayant été détruites par le Mur et
d’autres formes de confiscation de terres. Ces modèles ont été au
cœur de la richesse palestinienne et de la culture pendant plusieurs
millénaires. Les projets de développement de l’agriculture durable
permettent un développement à long terme, une souveraineté
économique et alimentaire et sont particulièrement nécessaires pour
les terres et les villages isolés par le mur dans la vallée du
Jourdain et à travers toute la Cisjordanie.
Le
soutien pour les communautés palestiniennes les plus menacées par la
construction du mur et les mesures israéliennes qui y sont liées, et
qui sont soumis à une forte pression pour émigrer, est vital. Les
projets de développement urbain pour les populations de
Jérusalem-Est, Qalqiliya et Hébron sont particulièrement
nécessaires. Cependant il est important de distinguer les projets
regrettables qui se contentent d’ajuster simplement les
infrastructures urbaines à la réalité créée par le Mur, et les
projets de développement urbain qui soutiennent la population
palestinienne dans sa détermination à résister dans leur maison et
leur communauté jusqu’à ce que le mur soit démantelé.
Pour retrouver
et suivre ces informations, de nombreux sites Internet sont à votre
disposition, parmi tous ceux qui peuvent exister nous vous recommandons ceux
qui sont les plus actifs, et les plus objectifs :
www.stopthewall.org qui organise la campagne de
lobbying contre le mur, vous y retrouverez l’actualité du mur, ainsi que de
nombreuses analyses.
www.plateforme-palestine.org qui est le site de la
plateforme des ONG françaises pour la Palestine, le portail principal de la
campagne contre le mur, sur lequel vous trouverez des informations ainsi que
le nom de toutes les organisations qui la composent.
www.france-palestine.org qui est le site de la
principale ONG de solidarité envers la Palestine, vous y retrouverez
beaucoup d’information sur la situation dans les territoires occupés, ainsi
que les actions menées en France.
www.betselem.org.il qui est le site israélien de
l’association Betselem qui milite pour le respect des droits des
palestiniens et contre les violations des droits de l’homme.
www.gush-shalom.org qui est un site israélien pour
la paix entre Israël et la Palestine, il rend compte des actions du bloc de
la paix israélien.
www.humanitarianinfo.org/opt/ qui est le site du
bureau des nations unies pour les affaires humanitaires en Palestine.
Cette liste n’étant pas exhaustive, nous vous invitons
à consulter les pages Palestine des sites des ONG internationales ou des
institutions onusiennes. Nous vous invitons aussi à consulter notre site
www.pal-arc.org qui rend compte des actions du
PARC (Palestinian Agricultural Relief Committees) à l’initiative de ce
compte-rendu.


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