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    Contre une ségrégation et une occupation « durable »


L’avenir de la Palestine et du peuple palestinien est à un carrefour déterminant. Deux alternatives se présentent : soit la lutte des Palestiniens et de la communauté internationale peut aboutir à une application de la justice, soit le plan israélien pour enfermer le peuple palestinien dans des bantoustans par le biais du Mur va devenir une réalité pérenne.

Depuis que la Cours Internationale de Justice (CIJ) a publié sa décision, le 9 juillet 2004, concernant « Les conséquences juridiques de la construction du mur dans les Territoires Palestiniens Occupés », le mur a été jugé illégal, et une recommandation a été émise pour que celui-ci soit détruit et que par la suite les populations affectées obtiennent des compensations. A la suite de la consécration de l’avis consultatif de la CIJ par la résolution des Nations Unies (A/ES-10/L.18/Rev.1), les gouvernements internationaux et les bailleurs de fonds sont contraints à « ne pas reconnaître la situation illégale créée par la construction du mur et à ne pas apporter une quelconque aide ou assistance pour le maintien de la situation ainsi créée. »

Ce n’est que de cette manière qu’ils peuvent effectivement contribuer aux efforts des Palestiniens pour obtenir la reconnaissance internationale de leurs droits et accéder au développement pour un futur Etat palestinien.

Cependant, le rapport de la Banque Mondiale publié en décembre 2004 – Stagnation ou Reprise ? Désengagement israélien et perspective économique palestiniennes, un document directeur pour les bailleurs de fonds, les gouvernements et les Nations Unies – révèle une conception du développement dans une acception radicalement contradictoire avec les réquisitions de la CIJ et opposée aux intérêts du peuple palestinien luttant pour la justice, la liberté et la souveraineté politique et économique.

Dans l’intérêt stratégique d’Israël

Les fondements idéologiques et politiques que mobilise la Banque Mondiale pour chercher une « reprise » de l’économie palestinienne s’appuient sur le mythe du « désengagement » et sur les projets israéliens pour l’Apartheid, la poursuite du contrôle et de la colonisation de la Palestine :
• Les termes de références de l’analyse et des propositions de la Banque Mondiale s’inscrivent logiquement dans les plans « Désengagement » et « Désengagement Plus » proposés par les forces d’occupation. Ils sont tous deux basés sur une existence permanente du Mur et de l’expansion des colonies.
• La Banque Mondiale reprend le mythe du « désengagement » en déclarant que « une quantité significative de terre va être rendue accessible pour les Palestiniens » de par le démantèlement des colonies à Gaza et de quatre « zones résidentielles » en Cisjordanie. Ceci ne prend nullement en considération le fait qu’Israël continue l’expansion de ses colonies et va, si elle n’est pas stoppée, annexer 52% de la Cisjordanie.
• La Banque Mondiale considère le Mur comme une « mesure de sécurité » qui, comme toutes les autres « questions sécuritaires », ne saurait être remise en question. Ils considèrent cette raison suffisante – au lieu de s’opposer par principe – pour la confiscation des terres, les destructions et les violations des résolutions des Nations Unies et du droit international.
• Les Palestiniens sont considérés comme de simples exécutants des plans de la Banque Mondiale à qui il n’est demandé que de fournir les structures administratives comme les réformes fiscales et politiques.
• Le droit international n’est pas un principe directeur mais est cité à maintes reprises comme obstacle pour le « développement économique ».

« Les limites économiques [sont] supposées être signifiées par la clôture de sécurité »

Le Mur achevé, et donc la bantoustanisation de la Palestine, est censé signifier l’expansion territoriale maximum de l’économie palestinienne et la réalité sur laquelle peuvent être bâtis des programmes de développement supplémentaires :
• Le « terme [frontières] est utilisé pour signifier les limites entre les différentes zones de juridiction économique […] L’emplacement de cette limite économique est supposée être signifié par la clôture de sécurité. Le mur est n’est donc pas considéré comme une « barrage interne », même si 80% de celui-ci sont situés à l’intérieur de la Ligne Verte, et il est considéré comme une frontière « extérieure » effective.
• Malgré le dramatique impact économique du mur sur le peuple palestinien et la nécessité d’avoir recours à des « solutions » lointaines et coûteuses pour les projets de développement à l’ombre d’un mur de huit mètres de ciment, la Banque Mondiale considère le Mur comme un fait immuable auquel la société et l’économie palestiniennes doivent apprendre à s’adapter.
• Dans la lignée des plans de la force occupante pour la judaïsation de Jérusalem, la Banque Mondiale a choisi de laisser Jérusalem-Est en dehors de ses analyses des scénarios économiques concernant les « bouclages » de la Cisjordanie.

Le « redressement » économique : les paysans deviennent une main d’œuvre bon marché

Le rapport de la Banque Mondiale est fondé sur un développement économique pris dans un contexte d’occupation continue, qui prend au piège la main d’œuvre palestinienne dans un système réglementé d’inégalités et de colonisation.
• La Banque Mondiale n’apporte pas de remède à la destruction du système foncier communautaire palestinien, aux formes locales d’échanges commerciaux, au modèle durable de production de la terre et aux structures sociales qui sont détruites par le Mur et les autres formes d’enclavement des terres. Aucun des dossiers techniques ne traite du développement agricole, qui est une des bases de la richesse et de la culture palestinienne depuis des millénaires.
• La main d’œuvre bon marché dégagée de la dépossession des paysans est considérée comme une ressource fondamental dans le plan de développement de la Banque Mondiale pour créer une économie orientée vers l’exportation qui nécessite une main d’œuvre bon marché et non protégée pour les zones industrielles.
• La Banque appelle les Israéliens et les étrangers à investir les capitaux dans des industries situées sur les terres confisquées par le Mur et à tirer avantage de la main d’œuvre bon marché. Les trois zones industrielles mentionnées dans le rapport de la Banque Mondiale (zone industrielle de Jenin, parc de la paix à Tulkarem et zone industrielle de Tarkumiya) sont situées en Cisjordanie sur des terres confisquées ou qui vont l’être dans le tracé du mur et les colonies.
• Les travailleurs de ces zones industrielles sont censés travailler en dessous de la « ligne rouge » (c’est-à-dire par exemple en dehors des accords commerciaux, des règles de protection environnementale et des autres droits des travailleurs) pour servir les intérêts des investisseurs étrangers. Le niveau actuel de leur salaire est toujours considéré comme trop élevé et doit être rabaissé pour correspondre aux exigence du plan de « développement » de la Banque Mondiale.

Le marché libéral : une prison pour le peuple

Les chances d’offrir une liberté de mouvement « limitée » aux personnes et aux biens sont étudiées uniquement dans l’intérêt des investisseurs et des industriels (israéliens et étrangers) et rejoignent l’humiliation du système de check point et d’inspection des personnes qui font partie des éléments permanents de la vie palestinienne.
• La proposition israélienne d’un nouveau système de route de plus de 500km est discutable et la Banque Mondiale relève son illégalité en référence à la décision de la CIJ. Cependant le refus par l’Autorité Palestinienne et les bailleurs de fond d’accepter cette proposition est déploré comme une imperfection importante dans le plan de développement de la Banque Mondiale qui soutient des violations du droit international supplémentaires.
• La Banque Mondiale met en avant le « système alternatif de transport » tel que les trains, les routes surélevées et les routes clôturées, comme moyen de permettre aux personnes et aux biens palestiniens de se déplacer entre les Bantoustans, sans toutefois avoir accès aux terres qui sont dans leur interface.
• La restructuration et le développement des passages de « frontières » (pour être situés plus encore à l’intérieur de la Cisjordanie sur des terres annexées) est une des principales propositions de la Banque. Les Palestiniens sont habitués avec ces « systèmes électroniques modernes ». Ils incluent des scanners pour « mettre à nu les espions » actuellement utilisées partout à Gaza, ce qui en plus d’être totalement abaissant et dégradant, peut constituer un risque sanitaire important à cause des radiations. La Banque Mondiale regrette le fait que certains « passages » du Mur soient situés clairement à l’intérieur de la Cisjordanie, ce qui peut être un obstacle pour certains bailleurs de fonds.
• Le même rapport admet également que les limitations à la liberté de mouvement ne sont pas causées par un déficit technologique mais par les décisions prises par les forces d’occupation.
• La Banque utilise le Mur comme un encouragement à continuer d’émettre des permis de travail pour les Palestiniens, arguant que « la sécurité d’Israël sera beaucoup plus effective par le biais des habilitations pour les travailleurs palestiniens ». Il s’agit là de la reconnaissance du mur comme un dispositif d’emprisonnement dont Israël peut tirer bénéfice en laissant passer un nombre restreint de Palestiniens à travers les portes pour effectuer ce qui se révèlera être les emplois les moins bien payés et les plus dégradants.

La coexistence comme la poursuite de l’exploitation

Les propositions de joint-ventures entre l’industrie israélienne et les Palestiniens sont fondées sur la perpétuation d’une relation d’occupant à occupé. Cela aboutit à renforcer la concurrence entre la Cisjordanie et Israël :
• Le « partage » des ressources envisagé par la Banque Mondiale aboutit à une exploitation des Palestiniens de Gaza qui doivent racheter l’eau que les colons leur avaient dérobée depuis des années, ce rachat doit se faire auprès du gouvernement israélien à des taux commerciaux (tout comme pour l’électricité).
• La Banque élabore une redéfinition de l’enseignement supérieur, celle-ci ne fournit pas un service par lequel la jeune génération pourrait acquérir les outils, les idées et les interactions à travers lesquels ils pourraient chercher comment bâtir une société juste, mais un service par lequel ils vont servir les besoins des investisseurs israéliens et étrangers.
• La Banque Mondiale fait preuve de cynisme en recherchant des joint-ventures dans le secteur du tourisme à un moment où Israël détruit l’héritage culturel de la Palestine et en particulier les lieux saints de Bethlehem et Jérusalem. Ces attraits touristiques majeurs ont été développés pour servir le tourisme israélien et les intérêts financiers aux dépens des Palestiniens.

Pour un soutien effectif aux Palestiniens

Le fait que la Banque Mondiale nie totalement la recherche par les Palestiniens des outils et des ressources nécessaires à une véritable libération et non un modèle économique de dépendance n’est pas accidentel. Sous-jacente à l’ensemble du projet de la Banque Mondiale pour la région, on retrouve l’idée que l’investissement peut calmer les aspirations palestiniennes à la justice et à la liberté et que les Palestiniens doivent d’une façon ou d’une autre dissimuler leur colère et leur résistance contre le mur raciste, et changer ces sujets inertes du développement en ce la Banque Mondiale et à Israël jugeront bon.

Beaucoup de projets « d’aide humanitaire » et de « soutien au développement » proposé par Israël et la communauté internationale sont les uns comme les autres fondés sur la même supposition et/ou promeuvent la mise en œuvre de la ligne d’action proposée par la Banque Mondiale. Leur complicité dans le système d’occupation et de Mur est totalement en contradiction avec le droit international. Il est essentiel que les fonds internationaux ne suivent pas cette voie mais adhèrent aux recommandations de la décision de la CIJ et des résolutions des Nations Unies, avec le même idéal de justice et de liberté.

Nous en appelons à la communauté internationale, aux bailleurs de fonds et à la solidarité internationale pour rejeter le rapport de la Banque Mondiale car il est fondamentalement illégal dans son approche et ne conduit pas à un véritable développement de la société et de l’économie palestinienne. Nous demandons de ne financer aucune partie des propositions de la Banque Mondiale ni aucun autre projet basé sur la même logique pérennisant le Mur et le système économique qui y est lié.

Il est essentiel de rendre Israël responsable pour la dévastation qu’elle a occasionnée pour la Palestine et pour sa population, et de l’obliger à indemniser le peuple palestinien pour les dommages et les pertes occasionnés par la construction du Mur , par les bouclages, les sièges, les arrestations et les expulsions. Le rôle de la communauté internationale et des bailleurs de fonds ne peut être de soutenir les crimes d’Israël ou de payer pour le désastre économique, social et humanitaire engendré, mais de restaurer le droit international et d’investir dans la lutte des Palestiniens pour la liberté et la justice.